Polluants du quotidien et grossesse, ce que l’étude dit du QI des enfants

Publiée dans Environmental Health Perspectives, l’étude porte sur 380 mères et leurs enfants et ne montre qu’une association entre ces substances et le QI.

Sophie Delisle Par Sophie Delisle
3 min de lecture
Polluants du quotidien et grossesse, ce que l’étude dit du QI des enfants
Une femme enceinte se repose sur un canapé, une main sur le ventre : une image qui illustre le thème de la grossesse, sans montrer l’étude ni les polluants.

En bref

  • Des chercheurs ont suivi 380 mères et leurs enfants, évalués à 3 ans par un neuropsychologue.
  • Le mélange de six substances ciblées va de pair avec une baisse moyenne de 2,86 points de QI.
  • Les auteurs parlent d’une association, sans établir de lien de cause à effet.
  • Ces composés sont peu persistants : l’exposition peut se réduire par quelques gestes.

Publiée le 20 octobre 2026 dans la revue Environmental Health Perspectives, une étude suggère qu’une exposition à certains phtalates et bisphénols pendant le troisième trimestre de grossesse pourrait être associée à un QI plus faible chez les enfants de 3 ans. Le point a été relayé par parents.fr.

Une association observée, pas une cause démontrée

Le travail réunit l’Inserm, l’université Grenoble-Alpes, le CNRS, le CHU de Grenoble et l’université de Grenade, en Espagne. Ces substances sont surveillées de près : plusieurs sont considérées comme des perturbateurs endocriniens, c’est-à-dire susceptibles d’interférer avec le système hormonal. Les résultats portent sur 380 mères et leurs enfants.

Le mot qui compte est « association ». Les chercheurs constatent que deux phénomènes vont ensemble dans leurs données ; ils ne montrent pas que l’un provoque l’autre. Les effets au-delà de 3 ans ne sont pas documentés.

Comment l’étude a été menée

  • Les substances suivies : 26 phtalates et phénols, dont des bisphénols et des parabènes, présents notamment dans les plastiques et les cosmétiques.
  • Les prélèvements : plusieurs échantillons d’urine, car les quantités de ces composés dans l’organisme varient au fil du temps.
  • Le test : à 3 ans, le QI des enfants a été évalué par un neuropsychologue, à l’aide d’un test standardisé.
  • Les autres facteurs : l’équipe a tenu compte, entre autres, du niveau d’études des parents et de la durée de l’allaitement.

Les scientifiques ont ensuite comparé leurs données à des travaux antérieurs, chez l’humain et chez l’animal. Six substances en sont ressorties, soupçonnées d’avoir un effet plus marqué sur le développement cognitif : les bisphénols A et S, et quatre phtalates (DEHP, DEP, DnBP et DiBP). Rémy Slama, directeur de recherche à l’Inserm et coauteur, souligne : « Les associations négatives avec les scores de QI étaient plus nettes sur ces substances priorisées ».

Bocaux et boîtes en verre alignés sur un plan de travail de cuisine, remplis de flocons, de riz, de graines, d’herbes et de biscuits.
Des contenants de cuisine en verre, remplis de denrées sèches et de biscuits, sont alignés sur un plan de travail. Photo : ready made / Pexels

Ce que disent les chiffres

380mères et enfants inclus
26substances étudiées, dont 6 jugées prioritaires
2,86 pointsde QI en moins en moyenne par niveau d’exposition supplémentaire au mélange

Pour le mélange des six substances prioritaires, mesuré au troisième trimestre, le score de QI à 3 ans diminuait en moyenne de 2,86 points chaque fois que l’exposition montait d’un niveau. Étudiées une à une, quatre des six substances montraient aussi une association avec des scores plus bas à cette même période.

Claire Philippat, chercheuse à l’Inserm et dernière autrice, juge que quelques points de QI peuvent sembler peu pour un enfant, mais que, à l’échelle d’une population, ils concernent davantage d’enfants en difficulté. Elle relie cela à l’école, à la santé et à l’économie ; il s’agit de son avis, que l’étude ne démontre pas. Elle ajoute que toutes les substances potentiellement neurotoxiques n’ont pas été considérées.

Réduire l’exposition au quotidien

Les chercheurs rappellent que ces composés sont peu persistants dans l’organisme : leurs concentrations peuvent baisser relativement vite quand l’exposition cesse. Claire Philippat résume : « Si nous arrivons à éliminer les sources d’exposition de notre environnement, les doses internes pourraient diminuer rapidement ». Les gestes cités :

  • limiter les cosmétiques lorsque c’est possible ;
  • privilégier les aliments moins emballés dans du plastique ;
  • éviter de chauffer des aliments dans des contenants plastiques non prévus pour cet usage.

La chercheuse précise toutefois que ces efforts individuels ne suffisent pas : « La réglementation et la restriction des substances avérées comme nocives est la mesure la plus efficace pour toucher l’ensemble de la population. »

Photo : Amina Filkins / Pexels

Sophie Delisle

Grossesse, bébé, enfant, santé et vie de femme

Sophie Delisle

Mère de trois enfants, Sophie Delisle a été auxiliaire de puériculture dans une crèche municipale de Lyon. Elle écrit sur les bébés, les enfants et les activités à faire avec eux, sans culpabiliser personne. Elle collectionne les dessins d'enfants que personne n'ose jeter.