Après la perte d’un bébé, Ilana raconte un deuil pris en charge dans l’urgence
Chaque dernier jeudi du mois, l’hôpital de Verdun accueille « Après toi », un groupe ouvert aux parents endeuillés, même des années après, quand la perte reste muette.
En bref
- « Après toi » se réunit au pôle mère-enfant de l’hôpital Saint-Nicolas, de 19 h à 20 h 30.
- Des mères ayant vécu un deuil plus ancien y interviennent comme pairs aidants.
- Ilana, dans les Hautes-Pyrénées, raconte la perte de sa fille Ange en mai 2024.
- À Tarbes, l’association Deuil périnatal Pau Tarbes accompagne aussi les parents et les soignants.
Une grossesse interrompue ou un bébé disparu peu après sa naissance laisse des parents sans mots ni repères, et parfois sans papiers à leur nom. Le témoignage d’Ilana, publié par La Dépêche, montre ce que traverse une mère. À Verdun, des soignantes ont décidé de répondre à ce vide par un groupe de parole.
Ange, la fille d’Ilana : une perte, puis des décisions dans l’urgence
Ilana, qui vient de Bordères-sur-l’Échez, dans les Hautes-Pyrénées, a vu mourir sa petite Ange en mai 2024, alors que la grossesse en était au cinquième mois. Un décollement placentaire, suivi d’une perte de liquide amniotique, avait précédé l’accouchement.
Peu de temps après, tandis qu’elle se remettait à peine de l’accouchement, une sage-femme lui a présenté des documents à signer : confier l’incinération à la clinique, ou bien prendre en charge elle-même les obsèques. Ilana a choisi de s’en remettre à la clinique. Trois mois après, elle est allée au crématorium, où l’on lui a détaillé le déroulement : chaque bébé fait l’objet d’une crémation distincte, une brève cérémonie est organisée, puis les cendres sont déposées au jardin du souvenir. La clinique, elle, lui avait pourtant affirmé qu’elle ne pouvait pas y assister.
La vie ordinaire a repris vite. « On est mal prises en charge. Même si on a accouché, la grossesse n’est pas considérée comme menée à terme. » Pour ne pas perdre sa rémunération, Ilana est retournée très rapidement au travail. Elle a vu une psychologue et fréquenté des groupes de parole, qui l’ont « un peu aidée ».
Plus d’un an plus tard, elle a donné naissance à un petit garçon en bonne santé, au terme d’une grossesse très stressante. « Je parle d’elle à son petit frère, même s’il est encore trop petit pour comprendre. Elle sera toujours là, et restera mon premier enfant. »
À Verdun, un manque de prise en charge à l’origine du groupe
D’après L’Est Républicain, le groupe « Après toi » découle d’une observation faite au sein de l’unité mère-bébé de l’établissement. L’infirmière Bérengère Gardeur et la sage-femme Sophie Trognon racontent : « On s’est rendu compte que, sur le secteur, il n’y avait pas de prise en charge adaptée ». Les personnes suivies le réclamaient aussi, désireuses de se réunir pour échanger.
Le titre traduit le but : offrir aux parents l’occasion d’en croiser d’autres qui ont vécu le même drame, et de voir qu’on peut encore vivre après la perte. Certaines mères, dont le deuil périnatal remonte à plus longtemps, y participent d’ailleurs en tant que « pairs aidants ». Leur parcours doit prouver qu’on peut poursuivre sa route sans jamais oublier.
Qui peut venir, et ce que le deuil change dans le couple
Le tout premier groupe n’a réuni que des femmes. Les soignantes ne s’en étonnent pas : selon elles, les hommes éprouvent davantage de mal à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent, car ils tiennent à rester le roc de la famille, alors qu’ils sont, eux aussi, en deuil.
Dans un couple, chaque membre peut cheminer à sa propre allure, ce qui provoque malentendus et silences. Le deuil risque d’abîmer la relation quand apparaissent la culpabilité, la quête d’un coupable ou un désaccord à propos d’une nouvelle grossesse.
Il n’y a pas de limite d’ancienneté : un parent peut se présenter quinze ans après la perte. « Quel que soit le temps qui s’est écoulé, venez en parler. »
Les rendez-vous et contacts à Verdun et à Tarbes
| Lieu | Rendez-vous ou contact |
|---|---|
| Verdun, au sein du pôle mère-enfant de l’hôpital Saint-Nicolas | Groupe « Après toi » le dernier jeudi de chaque mois, sauf pendant les congés scolaires, de 19 h à 20 h 30 |
| Tarbes, association Deuil périnatal Pau Tarbes (créée en 2020) | Accompagnement des parents et des soignants, téléphone : 07 67 46 08 38 |
| Tarbes, Petit Théâtre Maurice-Sarrazin | Ciné-débat le 15 octobre à 18 h, autour du film « La vie après », puis discussion conduite par une sage-femme ainsi qu’une psychologue |
Photo : cottonbro studio / Pexels
